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SANTÉ RÉUNION
Antigène : la cible idéale?
Depuis les années 70, plusieurs pistes de recherche avaient été explorées dans le but de stimuler le système immunitaire : injection du vaccin BCG (antituberculose), connu pour son action stimulante sur l'immunité; prélèvement de lymphocytes et leur multiplication en laboratoire, avant de les réinjecter au patient; injection de cytokines (sortes de messagers chimiques), capables de stimuler le système immunitaire, mais dont l'inconvénient était de provoquer de fortes fièvres et des réactions semblables à celles causées par une infection généralisée...
Il y eut également eu des essais avec prélèvement de cellules cancéreuses.
Celles-ci étaient modifiées en laboratoire et rendues inoffensives (par irradiation) avant d'être réinjectées au patient.
Cette modification devait être suffisante pour stimuler l'immunité, mais pas trop, sans quoi les cellules immunitaires risquaient ne plus reconnaître les cellules cancéreuses d'origine.
Les résultats de ces recherches, par manque de cibles spécifiques, restaient hélas décevants.
Et il fallut attendre l'identification du premier antigène tumoral pour avoir enfin une approche spécifique et ciblée.
Qu'est-ce qu'un antigène?
Un antigène se définit comme une substance le plus souvent étrangère à l'organisme, capable de déclencher une réaction de notre système immunitaire.
Un nouveau développement de l'immunothérapie a identifié, à partir d'un cancer de la peau, le premier antigène tumoral appelé MAGE (M pour mélanome, AGE pour antigène).
Plusieurs autres antigènes tumoraux ont par la suite été identifiés.
Ils sont situés à la surface de nombreuses cellules cancéreuses mais presque jamais dans les tissus sains. Ils pourraient donc former la "cible" idéale.
Un vaccin thérapeutique contre le cancer?
S'il était possible de déclencher une réaction immunitaire dirigée uniquement contre ces antigènes cancéreux, nous disposerions d'un traitement spécifique du cancer...set ce sans risque pour les cellules saines.
D'où l'idée de créer, à partit de ces antigènes, un vaccin qui n'est pas destiné à éviter un cancer, mais à combattre un cancer existant. Un vaccin thérapeutique et non préventif.
Pour déclencher cette réaction immunitaire en présence d'un cancer, d'autres cellules jouent également un rôle crucial, comme les lymphocytes ou les cellules présentatrices d'antigènes.
Quels sont les modes d'administration?
Pour immuniser le patient contre le cancer dont il est atteint, il existe plusieurs possibilités.
- Après avoir vérifié que les cellules cancéreuses sont bien porteuses de l'antigène spécifique qui va servir à faire le vaccin, on peut le synthétiser en laboratoire puis l'injecter au patient.
- Il est également possible d'injecter un virus rendu inoffensif par manipulation génétique et modifié de telle façon qu'il produise l'antigène en question.
- On peut aussi prélever des cellules présentatrices d'antigène du malade puis, en laboratoire, on leur ajoute l'antigène cancéreux avant de les réinjecter au patient.
Immunothérapie et cancer : où en sommes-nous?
De nombreux essais cliniques d'immunothérapie sont en cours à travers le monde.
Si leurs résultats sont concluants, l’immunothérapie pourrait alors prendre une place importante dans le traitement de certains cancers, aux côtés de la chirurgie, de la radiothérapie et de la chimiothérapie.
En éliminant les dernières cellules cancéreuses ayant échappé aux autres traitements, l'immunothérapie pourrait, par exemple, transformer une rémission (disparition de tous les signes de la maladie, avant une récidive ultérieure potentielle) en guérison définitive.